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L’IA va remplacer les communicants. C’est surtout une mauvaise façon de poser la question.

24 juillet 2026 par
L’IA va remplacer les communicants. C’est surtout une mauvaise façon de poser la question.
Michael Francois
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À chaque nouvelle avancée de l’intelligence artificielle, le même avis de décès circule.

Les rédacteurs vont disparaître. Les graphistes aussi. Les agences suivront. Et les communicants seront bientôt remplacés par un prompt bien écrit, une licence mensuelle et un stagiaire chargé de cliquer sur « Générer ».

C’est possible.

À condition de considérer que communiquer consiste uniquement à produire du texte, des visuels et des variantes de publications.

Ce qui serait déjà une assez mauvaise définition du métier.

Les communicants n’attendent pas l’IA. Ils l’utilisent déjà.

L’image du professionnel terrifié, barricadé derrière son communiqué de presse, résiste mal aux chiffres.

Une étude menée fin 2024 auprès de 225 professionnels indique que 93 % des communicants avaient déjà utilisé l’IA dans leur travail, dont 39 % régulièrement. Ils étaient aussi 71 % à anticiper un effet positif sur leur métier.

La révolution a donc déjà discrètement rejoint les habitudes de travail.

Pour chercher des pistes. Résumer un document. Préparer un premier jet. Décliner un message. Explorer plusieurs formulations. Comparer des angles. Gagner du temps sur des tâches qui n’avaient rien de particulièrement glorieux avant l’arrivée de ChatGPT.

Et soyons honnêtes : personne ne regrettera profondément les trois heures passées à produire douze variantes d’un titre pour une bannière interne.

L’IA accélère. Elle automatise. Elle peut déjà fournir un travail d’exécution suffisamment correct pour remettre en cause certaines prestations autrefois facturées au prix fort.

Mais accélérer la production n’est pas encore remplacer un métier.

L’IA ne sait pas ce qu’il faut défendre

Une IA peut proposer dix messages.

Elle ne porte pas la responsabilité de choisir celui que l’organisation pourra réellement assumer.

Elle peut rédiger une réponse à une crise.

Elle n’est pas dans la pièce lorsque le directeur général refuse une formulation, que les équipes juridiques demandent de ne rien reconnaître et que les collaborateurs découvrent la situation sur LinkedIn.

Elle peut résumer les attentes d’un public.

Elle ne remplace ni la relation, ni l’écoute, ni la lecture des rapports de force, ni la compréhension fine de ce qui se joue derrière une demande apparemment simple.

La communication ne consiste pas seulement à fabriquer une phrase correcte.

Elle exige de décider :

  • ce qui doit être dit ;
  • ce qui peut être prouvé ;
  • ce qui risque d’être mal compris ;
  • ce que la marque est prête à défendre ;
  • et, parfois, pourquoi il vaut mieux se taire.

C’est moins spectaculaire qu’une démonstration d’outil. Mais c’est généralement là que les problèmes commencent.

La partie moins rassurante

Dire que l’IA ne remplacera pas « les communicants » ne signifie pas que tous les professionnels peuvent continuer exactement comme avant.

Les tâches répétitives, les premiers jets, les adaptations et une partie de la production standardisée sont clairement les plus exposés.

Le rapport 2026 de PwC, fondé sur l’analyse de plus d’un milliard d’offres d’emploi, observe que l’IA automatise une partie du travail routinier tout en renforçant la demande pour des compétences comme le jugement, la créativité, le leadership et l’adaptabilité.

Le rapport soulève aussi une question beaucoup moins confortable : les tâches simples permettaient souvent aux juniors d’apprendre le métier. Lorsqu’elles sont absorbées par les outils, les organisations attendent plus tôt des compétences autrefois associées à des profils expérimentés.

Autrement dit : l’IA ne supprime pas nécessairement l’escalier.

Mais elle peut retirer quelques marches du bas.

Il faudra donc apprendre autrement : davantage par l’analyse, la confrontation au terrain, la vérification, la supervision et la compréhension stratégique. Pas uniquement en recopiant des communiqués ou en redimensionnant des publications pendant trois ans.

Le métier se déplace vers l’amont

Plus la production devient facile, plus la valeur se déplace vers ce qui précède la production.

Comprendre. Choisir. Hiérarchiser. Challenger. Vérifier. Donner une direction. Tenir compte du contexte et des conséquences.

PwC observe d’ailleurs que, dans les métiers fortement exposés à l’IA, les compétences demandées évoluent plus de deux fois plus vite que dans les métiers moins exposés. L’étude associe également les usages les plus avancés à des gains de productivité, mais aussi à une croissance plus rapide des effectifs et des salaires dans certaines entreprises.

Ce n’est pas la preuve que tout ira bien.

Ce n’est pas davantage la preuve d’un remplacement massif.

C’est surtout le signe que le travail se recompose.

Les communicants qui savent seulement produire devront monter en valeur.

Ceux qui savent écouter, cadrer, interpréter, conseiller et assumer une recommandation disposent encore de quelques arguments face à la machine.

À condition de ne pas utiliser l’IA pour produire trois fois plus de contenus que personne n’avait demandé.

La vraie question

L’IA ne va probablement pas remplacer le métier de communicant comme un bloc homogène.

Elle remplace déjà certaines tâches. Elle fragilise certaines prestations. Elle réduit la valeur d’une exécution générique. Elle permet aussi à de bons professionnels d’aller plus vite, d’explorer davantage et de consacrer plus de temps aux décisions qui comptent.

La vraie question n’est donc pas :

L’IA va-t-elle remplacer les communicants ?

Mais plutôt :

Que reste-t-il de votre valeur lorsque la production devient accessible à tout le monde ?

Si la réponse tient uniquement dans votre capacité à rédiger un texte propre, il est peut-être temps de s’inquiéter.

Si elle repose sur votre jugement, votre compréhension du réel et votre capacité à prendre la responsabilité d’un conseil, le métier n’est pas mort.

Il vient simplement de devenir plus exigeant.

Et ce n’est peut-être pas une si mauvaise nouvelle.

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